Oracles, hauts des espoirs

Tentative de prédiction des événements annonçant la fin du  monde.

Le Calendrier Maya nous dit que la fin du monde devrait intervenir le 21 décembre 2012. Afin de prévoir les évènements avant cette date – ainsi que pour donner à chacun la possibilité d’agir sur le cours des choses pour éviter l’apocalypse finale – je me suis livré à une expérience de cafédomancie. Comme le veux cette technique de divination, j’ai réalisé pendant 1 mois (21 décembre 1011-21 janvier 2012) un trace de café par jour en pensant au 21 décembre 2012. Le résultat est une série de 30 images  divinatoire dont je laisse l’interprétation au soin de tous.

(série de 30 feuilles de papier bristol quadrillé jaune ou rose, 21 x 15 cm chacune)

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Max Fécamp, Orales hauts des espoirs, 2012.

Livre d’artiste, impression numérique n&b sur papier 80 g., 21 x 14, 8 cm, 36 pages, 7 euros .
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Max Fécamp,

Oracles hauts des espoirs.

Prédictions cafédomanciennes

offertes à l’Apocalypse.

Oracles hauts des espoirs est une expérience de divination par cafédomancie menée par Max Fécamp entre le 21 novembre et le 21 décembre 2011. L’artiste propose une interprétation des événements qui se dérouleront durant le mois menant à la supposée fin du monde selon le célèbre calendrier maya. Bien qu’ironique au premier abord, ce livre d’artiste n’en est pas moins une réflexion sur l’interprétation des signes en général (de l’esthétique à la critique d’art) jusqu’au livre d’artiste en tant que tel.

Le mode opératoire de Max Fécamp est simple : une fiche bristol quadrillée sur laquelle est renversé le marc d’une tasse de café. Le marc imprime une forme qu’il convient d’interpréter. Or l’artiste ne fournit aucune piste : c’est au lecteur qu’il revient la tâche de lire le marc de café.

La structure du livre représente également une prise de parti radicale.

Tout d’abord, le livret est tiré sur des photocopieurs standards et imprimé sur du papier standard comme pour mimer les brochures autoéditées qu’on trouve dans les librairies d’ésotérisme. Max Fécamp joue alors sur le registre des brochures d’ésotérisme et de magie et n’hésite pas à y insérer quantités de symboles incongrus. Par exemple, la croix à six branches cerclée symbolise à la fois l’infini et la circularité. Mais cette croix peut aussi être interprétée comme un symbole satanique reprenant le 6-6-6 (6 pointes, 6 branches, 6 intersections).

Les phrases en latin inscrites autour du cercle n’ont rien de mystique ou d’ésotérique : il s’agit simplement de locutions latines prélevées au hasard par l’artiste dans un dictionnaire (« Amicus plato sed magis amica veritas » et « abyssus abyssum invocat » qu’on traduit respectivement par « Platon m’est cher, mais la vérité m’est encore plus chère[1] » et « l’abyme appelle l’abyme »). Le hasard a fait que ces locutions mises l’une à côté de l’autre et insérés dans le contexte d’Oracles hauts des espoirs acquièrent un sens particulier renforçant le mysticisme granguignolesque du geste de Max Fécamp.

Le colophon placé en fin d’ouvrage est lui aussi un texte codé. Le texte, en langage elfique élaboré par JRR Tolkien, donne les indications de copyright (Copyright Max Fécamp 2012). En dessous, l’ISBN est naturellement un faux numéro renvoyant à un cryptage satanique : l’addition des sept premiers chiffres donne le nombre 13 et les 3 derniers chiffres forment à nouveau le 6-6-6. On peut même observer ce qui apparaît comme une faute de frappe à la fin du colophon « dépôt létal mars 2012 ». Finalement, le seul élément « réel » de ce livre d’artiste semble être la mention faite au marché de l’art avec la numérotation des livres sur 50 exemplaires…

Maxence Alcalde


[1] Aristote, Ethique à Nicomaque, I, 4.


 

Texte de Stéphane Reboul paru dans la Revue Marges, 16 | 2013, 138-139 :

Si vous lisez ces lignes, c’est que l’interprétation du calendrier Maya prévoyant la fin du monde pour le 21.12.2012 était erronée. À cela aucun étonnement de ma part, puisqu’en utilisant la méthode de prédiction cafédomancienne de Max Fécamp, mon chocolat n’avait pas trop versé le 21.12.2011 et le rond parfait de l’impression de sa tasse sur mon pyjama blanc ne m’indiquaient aucun mauvais présage.

Oracles hauts des espoirs est un livre réjouissant dont la lecture matinale peut aider à partir du bon pied. Ne s’adressant pas aux esprits sérieux, c’est néanmoins un ouvrage pointilleux attachant un soin particulier à chaque détail. C’est le cas de son style de présentation à la fois simple et classique qui simule les brochures d’ésotérisme publiées à compte d’auteur – ce dernier n’étant pas toujours indiqué ou utilisant un hétéronyme.

Il contient deux textes de présentation. Le premier de Max Fécamp nous explique le point de départ et le processus de création de l’ouvrage : à partir d’un calendrier Maya annonçant un changement de conscience mondiale pour le 21.12.2012, il est décidé d’interroger tous les matins du 21 novembre au 20 décembre 2011 le marc d’un café – en le renversant sur une fiche bristol – et en posant la question : « que va-t-il se passer dans un an jour pour jour ? ». Le résultat de cette expérience constitue le contenu du livre. Dans leur ensemble les marques de café présentent des formes arrondies plutôt régulières – indiquant que son usager n’en abuse pas. Ce n’est pas le cas du 20.12 qui se démarque par une forme ressemblant à un oiseau noir – indiquant une certaine nervosité de son usager. Cela dit, il reste à chaque lecteur le soin d’interpréter à sa manière la signification de ces empreintes de marc de café. Nous relevons que l’expérience n’est pas allée jusqu’à interroger directement le 21.12. S’agit-il d’une retenue superstitieuse pour laquelle forcer le destin peut se retourner contre son auteur ?

Le deuxième texte écrit par Maxence Alcalde nous donne des explications complémentaires sur les autres paratextes de la publication. Nous notons qu’il est présenté sur une « vraie » fiche verte de bristol – ce n’est pas une reproduction alors que c’est le cas pour la série des marques de café – détachée de la publication et qu’elle contraste avec la couleur rouge des pages de couverture. Maxence Alcalde nous indique que le logo – apparaissant trois fois dans la publication et représentant une croix à six branches cerclée – symboliserait à la fois l’infini et le symbole satanique 6-6-6. Les phrases en latin qui entourent ce logo – « Platon m’est cher, mais la vérité m’est encore plus chère » d’Aristote et « l’abyme appelle l’abyme » – ont été prélevées dans un dictionnaire. La recontextualisation de ces phrases dans ce logo ésotérique détourne leur sens philosophique originel en leur donnant une connotation mystique. Nous apprenons aussi que le texte du colophon indiquant le copyright est écrit dans le langage elfique élaboré par JRR Tolkien. On relève une expression étrange avec dépôt légal écrit « dépot létal ».

Les rapprochements qui s’opèrent entre les composantes de ce livre fonctionnent comme les processus inconscients de certains jeux de mots. Simulant de manière grand-guignolesque une expérience ésotérique de prédiction, ce travail artistique interroge aussi de façon critique la posture démiurgique de certains artistes. Entre science-fiction et surréalisme, le geste de tous les jours qui conduit le livre, dégonfle les prétentions grandiloquentes de ces pratiques artistiques.

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